L’histoire de ma photo de profil, par Ginette Reno

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C’est pas Ginette qui écrit, c’est moi. Mais c’est bien elle qui a fait ce portrait, au fusain, je crois bien.

Ginette aimait beaucoup être entourée des hommes. Pas mal tout le temps. On faisait des sessions de pistes de base(basic tracks) avec 5 ou 6 musiciens et elle faisait le tour du studio en demandant des questions quelques fois indiscrètes. Genre qui a fait l’amour hier soir? Elle demandait çà à 10hr le matin….

Elle aimait bien aussi nous raconter ses joies et ses déboires avec ses fils, ou son chum. Des fois pendant une heure et plus. On lui disait souvent que ça coûterait moins cher de l’heure de consulter un psy, mais on avait vraiment du plaisir à l’écouter, nous racontant, parfois des détails croustillants de sa vie privée, Ginette étant un livre ouvert tout le temps.

Elle nous demandait aussi nos états d’âme, genre qu’est-ce qui te séduit chez ton amoureuse. Je me souviens que nous avions tous répondu, Yves Lapierre, le réalisateur et à nous les 2 ingénieurs(moi étant jeune assistant) les 2 Denis, tous la même réponse; leurs sens de l’humour.

Et je me souviens qu’elle nous demandait aussi ce que l’on désirait le plus dans la vie. J’avais répondu à la blague, être riche! Elle m’avait répondu; tu ne seras jamais riche, sur un ton assez sérieux.

En ajoutant, tu l’es déjà… Çà, c’est la Ginette que j’aimais tant, avec une franchise sans égal. J’aime toujours d’amour cette femme généreuse et drôle.

J’aurais des centaines d’anecdotes à raconter avec elle. Elle m’a fait pleurer et rire tellement souvent. Et quand elle chantait!….

Je me souviens d’un one take(une seule prise. Falait toujours être prêt avec elle) d’une chanson sur l’essentiel qui s’appelle quand on ne vous aime plus. On l’appelait le goose bump meter. ce qui veut dire que souvent les aiguilles(analogiques à l’époque) allaient souvent dans le fond, mais surtout dans le fond de l’émotion. Goose bumps veut dire chair de poule et c’est arrivé tellement souvent quand elle chantait devant moi.

Pas d’autotune dans le temps. C’est de la pure émotion qui passait dans ce micro et arrivait à nous oreilles. Quel privilège!

Oui, je suis riche. Pas tant dans mon compte de banque, mais de mon vécu de mon métier que j’adore toujours. Je suis en studio demain avec la même bonne humeur bon enfant.


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